Lancรฉe depuis quelques semaines par le Syndicat Gabonais des Marins (SYGAMA), la grรจve des agents de la Compagnie Nationale de Navigation Intรฉrieure et Internationale (CNNII), ร Port-Gentil, a suscitรฉ une mise au point de la direction gรฉnรฉrale de la compagnie qui remet en cause la lรฉgitimitรฉ du mouvement et les informations relayรฉes ร propos par certains mรฉdias nationaux.
Tout d’abord, la direction gรฉnรฉrale tient ร souligner que ce mouvement de grรจve qui pour elle, constitue une rupture abusive de la paix sociale et une violation des engagements contractuels liant les partenaires sociaux, n’a pas lieu d’รชtre. Dโautant, soutient-elle non sans dรฉnoncer le mรฉpris d’un arbitrage actรฉ, que les points de revendication avancรฉs avaient dรฉjร fait lโobjet dโun arbitrage formel, entรฉrinรฉ par un procรจs-verbal de conciliation signรฉ sous lโรฉgide de lโautoritรฉ de tutelle, de lโInspection spรฉciale du Travail et des dรฉlรฉguรฉs du personnel.
Sur le plan juridique, la hiรฉrarchie dรฉnonce une grรจve quโelle qualifie dโillรฉgale, amorcรฉe dans le mรฉpris des procรฉdures en vigueur en Rรฉpublique gabonaise. ยซ En droit gabonais, tout arrรชt de travail doit รชtre prรฉcรฉdรฉ dโun prรฉavis de huit jours ยป, prรฉcise la direction gรฉnรฉrale dans un courrier รฉmis par lโentremise de son service juridique. Or, selon elle, le SYGAMA et les agents de la CNNII ร Port-Gentil auraient dรฉclenchรฉ leur mouvement sans notification prรฉalable ร la direction gรฉnรฉrale, ni ร lโInspection spรฉciale du Travail. En consรฉquence, la direction assimile ce mouvement ร un abandon collectif de poste, privant ainsi les agents de la protection lรฉgale attachรฉe au droit de grรจve.

Revenant sur les points contenus dans le cahier de charges des grรฉvistes, la direction gรฉnรฉrale, soucieuse de rรฉtablir sa version des faits face ร ce quโelle qualifie de dรฉclarations ยซ mensongรจres ยป, a tenu ร clarifier la question de la dette salariale dont lโusage erronรฉ des chiffres dans la presse vise ร manipuler lโopinion publique, ร l’en croire. ยซ La dette salariale ne sโรฉlรจve pas ร plus de 19 mois, mais ร 18 mois ยป, prรฉcise-t-elle, rรฉpartis comme suit : 18 mois dโarriรฉrรฉs historiques, hรฉritรฉs dโune gestion antรฉrieure au directoire actuel, auxquels sโajoute un seul mois de retard, celui de dรฉcembre, encore dรป ร ce jour.
Abordant le dossier Ebomaf, la direction gรฉnรฉrale regrette que certaines personnes tentent dโรฉtablir un lien entre la crise actuelle et ce groupe. En effet, bien quโEbomaf ait annoncรฉ, lors de la signature de la convention de concession et devant lโassemblรฉe gรฉnรฉrale des agents, son intention de rรฉgler les arriรฉrรฉs de salaires du personnel, en pratique, cet engagement nโa jamais รฉtรฉ honorรฉ. Ainsi, souligne la direction gรฉnรฉrale souligne, la CNNII ne saurait รชtre tenue pour responsable du non-respect des engagements pris par un partenaire extรฉrieur.
Enfin, la direction gรฉnรฉrale dรฉplore lโabsence de service minimum au sein dโune compagnie qui assure une double mission de service public vital. Elle condamne รฉgalement les entraves physiques constatรฉes, notamment lโempรชchement fait aux agents non grรฉvistes dโaccรฉder ร leur poste de travail. De tels agissements, selon elle, constituent des fautes lourdes susceptibles de compromettre la sรฉcuritรฉ des installations ainsi que la pรฉrennitรฉ de lโoutil de travail.
Au regard de ce qui prรฉcรจde, lโopinion publique ne peut que sโinterroger : les dรฉlรฉguรฉs du personnel de la CNNII mesurent-ils pleinement la portรฉe juridique, sociale et professionnelle des dรฉcisions engagรฉes dans ce mouvement ? Disposent-ils de toutes les informations nรฉcessaires pour apprรฉcier les consรฉquences dโune grรจve qualifiรฉe dโillรฉgale par la direction gรฉnรฉrale ? Nโont-ils pas, volontairement ou non, รฉtรฉ instrumentalisรฉs par le SYGAMA ร lโorigine du mot dโordre, au point dโexposer les agents ร des risques quโils nโauraient pas pleinement anticipรฉs ? Ce mouvement sert-il rรฉellement les intรฉrรชts des travailleurs ?
Affaire ร suivre